dimanche 1 mai 2016

Albert, le Blackberry malapris








 
Au début il était tout petit et puis, il a grandi, beaucoup grandi.
Et Albert le Blackberry est alors devenu un malappris
qui s’attablait pour déjeuner sans y être invité.

On ne pouvait plus penser
on ne pouvait plus parler :
on était connecté.

Je me suis révoltée
mais tu n’as pas compris.
C’était, m’as-tu dit, du parti-pris.

Tu m’écoutais, tu disais,
mais distrait et en retrait.
Il me fallait souvent répéter :
iI y avait des résultats à consulter,
des mails urgents à regarder.
C’était décourageant
car tapi au fond de ta poche,
Albert faisait la mouche du coche.

On ne pouvait plus parler
on ne pouvait plus penser :
on était connecté.

Je me suis révoltée,
et tu as enfin compris
que je me sentais trahie et envahie.

Tu as réagi :
Albert le Blackberry malappris,
s'est transformé en un valet stylé,
ce n'est plus un ennemi à annihiler,
c'est un bel esprit en périphérie
mais nous n’y sommes plus assujettis.
Pendant le déjeuner il reste dans l’entrée,
nous ne sommes plus connectés
et le monde continue de tourner.
On peut à nouveau penser,
on peut à nouveau parler.

Si vous vous sentez parfois
la bouffonne des iPhone,
faites comme moi,
ne vous mettez pas au garde-à-vous
mais révoltez-vous.
Restez connecté,
mais n'oubliez pas de penser, 
n'oubliez pas de parler,
n'oubliez pas d'aimer.


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mercredi 23 décembre 2015

Un sapin qui a eu chaud...


















Famille chérie, je suis bien marrie,
mais il faut que je vous avoue :
le sapin de Noël
dont j’avais la tutelle
ne sera pas au rendez-vous.


J’ai essayé, et je me suis employée,
car j’étais motivée,
à le décorer et à tenter de le revigorer.
Mais, las ! L’arbre était trop pelé !
Il agonisait, pauvre chose,
car de chaleur il avait eu une overdose.
Il perdait toutes ses épines
et était devenu une vraie ruine,


Il a fini par me mettre en rage
et sans tambour si trompette,
tant pis pour mon entourage,
j’ai sorti le blanc-bec
et je l’ai mis dans ma brouette
pour le porter à Kerdalidec.


Famille chérie,
j’ai décoré,
j'ai préparé,
j’ai pâtissé,
mais je vous avoue sans faire le cacou,
que j’ai jeté le sapin de Noël rebelle à la poubelle !
 
Il est occis et a péri, mais ici on m'a dit
« L’important n'est pas tant que le sapin ait eu un pépin,
mais bien que les cadeaux ne posent pas de lapin ! »




mardi 25 février 2014

Deux vieux papis


Trois vieux papis tout vermoulus
Sur un très vieux banc tout moussu
Parlaient de la pluie et du temps.
(...)
Trois vieilles branches toutes tordues
Sur un très vieux banc tout moussu
Papotaient pour se faire du vent.
(...)
 
Nous sommes fin février et il fait beau. Ils sont là, assis sur un banc, à parler de tout et de rien. Tout est calme et paisible autour d'eux. Le soleil les chauffe doucement. Aujourd'hui il n'y a pas un nuage dans le ciel. À côté d'eux, leur chariot de golf. Ils profitent paisiblement de ce moment de bonheur saisi au vol.
Elle les aborde pour leur demander la permission d'utiliser la photo. Dans cet état de bien-être qui influe toujours sur l'esprit, c'est avec bienveillance qu'ils lui accordent ce droit. Ces deux papis ne sont pas vermoulus du tout, juste un peu chenus peut-être, mais, là, de dos, dans la lumière hivernale, Ils lui font irrésistiblement penser à cette chanson de Richard Gotainer,  
Trois vieux papis.
Elle se demande alors : c'est cela le bonheur ? On dit que le bonheur  « c'est le bien-être avec la conscience »*. Elle ne sait pas s'ils sont conscients de ce moment de bonheur impromptu, mais elle, oui.
Et en les quittant, elle a un sourire qui flotte sur les lèvres.

 
*Christophe André, médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne.


 
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dimanche 26 janvier 2014

Jour J-4



La pression monte. Elle part au Togo dans 4 jours. Le voyage se rapproche et, à part le visa et le carnet de vaccinations, rien n’est prêt. Elle a seulement réalisé aujourd’hui que, porter les shorts qu’elle affectionne, dans la Savane, ne serait surement pas la tenue la plus appropriée. Elle a le choix entre le culturellement correct et mourir de chaleur.

Et puis surtout, est-ce qu’elle pourra apporter quelque chose à l’association humanitaire dans laquelle elle s’est engagée ? Depuis qu’elle est petite, elle entend parler de l’Afrique. Avec un oncle missionnaire au Mali, elle a entendu souvent les mots Bambara, Sénoufo, Bamako, Sikasso… Des masques et objets africains encombraient  l’appartement de ses grands-parents. A vrai dire, elle n’a jamais osé le dire mais elle n’a jamais beaucoup aimé l’art africain. Il ne la touche pas et n’éveille aucune émotion en elle. Mais là, cela n’a rien à voir. Car elle va enfin voir de ses propres yeux ce qui a peuplé son enfance, et le voir de près. 
 
Elle vient juste de finir le livre Survivre pour voir ce jour de Rachel Mwanza où la jeune fille de 16 ans raconte comment elle a survécu pendant 8 ans dans les rues de Kinshasa, au Congo. C’est un très beau livre, qui se lit très vite. sans aucun voyeurisme, très sobre, il est empli d’espoir, d’optimisme et de confiance en l’avenir.
Congo, Mali, Togo… L’Afrique Noire est une terre inconnue, pleine de bruits et d’odeurs différentes, de dangers aussi pour la petite femme blanche et protégée qu’elle est. Mais elle va enfin voir des gens, les toucher, serrer des mains, parler directement à des villageois.
Et pourra-elle vraiment les aider ?
 
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vendredi 3 janvier 2014

La commode et la banane


À Éric
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Elle doit meubler sa maison sur son île, en Bretagne. Un jour, elle a un coup de foudre pour une jolie commode provençale du XVIIIe. Seulement voilà, sa maison n’existe encore que sur le papier et elle se demande où la stocker. Un ami leur propose de l’entreposer chez lui, non loin de leur île. Et elle y trône dans son entrée pendant deux ans. L’ami menace même de ne pas leur rendre car il trouve que le meuble y est à sa place.
 Et puis un jour, c’est la catastrophe. Une banane est oubliée traîtreusement et à l’insu de tous par un enfant sur le plateau de la commode. La maison est fermée pour l’hiver et le fruit se dégrade sur place en y laissant une trace indélébile. Las ! L’acide a attaqué la laque délicate et l’a rongée jusqu’au cœur. L’ami est catastrophé. Elle aussi. Le dommage est irréparable. Il faut renvoyer le meuble à Paris car la restauration est délicate et doit être faite par un spécialiste. L’opération promet d’être onéreuse, très onéreuse. 
L’ami en plaisantant propose de lui offrir un de ces faux fruits en verre qui imitent admirablement les vrais. Elle le posera à l’endroit de la catastrophe. Elle rit puis repense à son idée. Est-ce finalement si indispensable de réparer ? Sa commode a traversé le temps  avec des griffures à droite et à gauche. Cela ne serait qu’une blessure de plus, témoin d’une vie bien remplie. Elle choisit donc de ne pas effacer la trace de la catastrophe et d’y poser le fruit en verre que lui trouvera son ami.
Et si on lui demande un jour « Mais que fait là cette banane ? », elle pourra répondre négligemment : « Oh ! C’est un ami qui l’a oubliée, ce n’est pas grave…» et ce sera son histoire secrète, le rappel d’une belle amitié, beaucoup plus solide et précieuse que la coupable banane et le dessus de sa commode.
 
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mardi 10 décembre 2013

L'accordéoniste


 Il est à peu à près 8h du soir, une fin de week-end de novembre. Dans les couloirs de la gare de Lyon les gens se pressent. Beaucoup portent un sac où traînent derrière eux une valise à roulettes. Elle attrape au vol son métro, essayant de ne pas être gagnée par la frénésie parisienne.
Un accordéoniste est en train de jouer. Elle n'aime pas tellement l'accordéon d'habitude. Mais le musicien joue bien, l'air est gai et entrainant. Cela rappelle les vieilles chansons françaises reprises il y a quelques temps. Elle sourit malgré elle. Et puis elle sent l'atmosphère changer autour d'elle. On dirait qu'il passe comme un souffle d'air dans le wagon qui chasse la torpeur indifférente des passagers. Malgré eux, la musique s'insinue, elle entre par effraction dans leur esprit et efface pour un temps la morosité des dimanches soir. Tout d'un coup nous ne sommes plus dans le métro mais à un bal musette des bords de Marne. Elle le sent, c'est presque tangible. Elle voit les visages se relâcher et les traits se détendre. Par-ci par-là, des esquisses de sourire s'amorcent.
Empêtrée dans ses bagages, elle cherche une pièce pour donner au musicien-magicien. L'homme est dans l'autre carré, alors vite, elle descend et va lui donner avant que les portes ne se referment. La rame s'en va et elle s'aperçoit alors qu'elle est en fait descendue une station trop loin. Mais, même pas énervée par son erreur, elle repart dans l'autre sens avec la musique qui continue à danser dans sa tête.
 
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samedi 7 décembre 2013

Promenade dans Paris












 
Photo fournie gracieusement par TripAdvisor
Elle marche vers la Bastille, il est 14h un dimanche et c'est la fin du marché. Il règne une activité fébrile. Non, pas fébrile en fait, car les gestes sont méthodiques et précis. Pas de temps perdu, mais le froid ambiant ne s’y prête guère non plus. Et puis, tout le monde est sur le pont, probablement depuis très tôt ce matin, et ils ont hâte d’en finir. 
Un poissonnier remet la glace dans un baril avec sa pelle. Son commis empoigne les tréteaux et les enfile sur son bras pour les porter dans le camion. On entend des claquements secs et les bruits des étals que l’on replie. Des retardataires essaient encore d’acheter quelque chose. Il y a les dernières affaires de fin de marché. Un patron gronde son apprenti car il range mal les petits artichauts violets : mis de cette manière ils vont s’abîmer et il perdra sa marchandise.


C’est un métier rude. Les mains sont abîmées et les visages rougis de façon permanente par cette vie exposée sans arrêt aux intempéries. Elle éprouve du respect envers ces gens qui travaillent si durement, et pour certains, depuis des décennies. Elle, elle ne pourrait pas.


Puis elle observe une femme qui, portant deux grands sacs en plastique, ramasse des papiers. Elle est 
moitié clodo, moitié... moitié quoi exactement ? Qu'est-on est lorsque la vie vous a réduit à trier dans les déchets d'un marché ? Elle la suit un moment pour comprendre ce qu'elle cherche puis renonce. 

 
Elle continue vers la rue Saint Antoine, traverse l’hôtel de Sully et se retrouve dans les jardins intérieurs. Quelle calme tout d’un coup ! On ne se croirait pas dans Paris. Mais c'est un peu triste aussi, dans son austérité sévère accentuée par la nudité de fin d'automne. Elle avise au fond du jardin une porte et se retrouve à sa grande surprise place des Vosges. Elle connaît mal le quartier, alors, toute heureuse d’avoir trouvé ce raccourci, elle a l’impression maintenant qu’il lui appartient un peu. Comme un lieu familier qu’on s’approprie au fil des visites.
Elle passe devant chez Carette. Tiens, elle ne se rappelait pas que c’était là. L’ambiance n’est plus la même. En terrasse les mains sont cachées dans des gants douillets et les visages protégés par des écharpes souvent en cashmere. C’est bientôt Noël et les magasins sont ouverts. Rue de Franc-Bourgeois un magasin affiche -30%. Elle suit la foule et entre, pour voir. On entre toujours pour voir, pour ne pas rater l’affaire du siècle. Mais ce ne sera pas aujourd’hui. Aujourd’hui, elle veut juste regarder. S’emplir les yeux de cette activité humaine, si différente d’un quartier à l’autre. 
Puis fatiguée, elle rentre chez elle en faisant le chemin inverse. Boulevard Richard-Lenoir, les balayeuses municipales sont au travail. Elles achèvent d’effacer les traces de l’activité intense qu’il y régnait tout à l’heure. 
 
 
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mercredi 13 novembre 2013

Deux sœurs

 Elle ne connait pas leur âge. Voulant les décrire, on parlerait peut-être de deux vieilles dames. En fait, non, pas de deux vieilles dames. Ni de deux dames âgées. Cela ne leur correspond pas. Et puis pourquoi serait-on toujours défini par rapport à son âge ? Juste de deux dames alors.
Toujours élégantes, elles n'ont pas abdiqué les couleurs. Les roses, les bleus vifs et les rouges ne leur font pas peur. Accessoires clinquants, boucles d’oreilles rutilantes et étincelantes non plus. L'ensemble est toujours de bon goût et jamais vulgaire. Alors, quand elle pense à elles, c'est en couleur, jamais en taupe ou en couleurs d'automne.

 
Mais il n'y a pas que cela. De ces deux sœurs émanent aussi une certaine joie de vivre et une indulgence paisible envers les autres. Et aujourd'hui, en cette troisième journée de la gentillesse, elle pense à elles. Car ces sœurs gaies et pimpantes et qui ont un sens de l'humour certain mais jamais méchant, sont gentilles. Pas niaises, ni Bisounours. Simplement gentilles, dans le sens de bienveillance serviable. C'est assez rafraichissant dans ce monde de cynisme de bon ton. Où le besoin faire des bons mots, de faire rire, même en faisant grincer des dents, étouffe dans l'œuf toute aspiration à la gentillesse. Pas facile de lutter et d'être simplement gentil alors.
Emmanuel Jaffelin dit dans son petit précis sur la gentillesse que c'est une « vertu chaude et caressante ». Et c'est probablement pour cela qu'elle a toujours plaisir à parler à ces deux sœurs. Après, elle se sent toujours bien.
 
À lire : Petit éloge de la gentillesse d'Emmanuel Jaffelin


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lundi 28 octobre 2013

Shunga : sex and pleasure in Japonese art













Shunga : sex and pleasure in Japanese art.  C’est le non d’une exposition du très sérieux et respectable British Museum. Une expo d’estampes japonaises.
Il faut être honnête et avouer que le désir d’aller voir l'expo relève surtout de la curiosité pure et simple et absolument pas d’un intérêt réel pour l’art japonais. Non, c’est l’occasion de découvrir enfin ce que sont ces fameuses estampes dont elle a entendu parler dans sa jeunesse.
Ce sera une grande déception.
Elle n’est décidément pas perméable à l’art japonais et encore moins leur art érotique. D’ailleurs, érotisme ou pornographie ? L’érotisme, c’est suggérer, laisser la place à l’imagination, c’est du clair obscur, du travail en filigrane. Chacun selon son histoire, son sexe, sa culture y projette ce qu’il veut. Mais où sont l’art et l’érotisme dans ces scènes crument montrées ? Difficile de voir autre chose que l’équivalent 
avant l’heure, de revues X pour samouraïs vieillissants où le seigneur est le puissant qui a tous les droits sur les plus jeunes et sur les femmes. Mais elle n'a surement rien compris et il s'agit probablement d'un malentendu culturel. Il parait que ces gravures étaient regardées et treasured par les couples mariés à qui elles procuraient un délice sensuel. Ah, oui ?! A-t-on des témoignages de Japonaises ? Ou bien ce sont les réactions des hommes que l'on a prêtées aux femmes ? 
 L’expo survole quelques siècles où elle ne voit pas grande évolution dans les dessins. Le Japon étant complètement fermé à cette époque, les artistes ne subissent pas d’influence extérieure et il semble à son œil non-éduqué que les dessins se succèdent, se ressemblant les uns aux autres (les attributs masculins restant en taille XXL). On peut naturellement évoquer la finesse des dessins, la sureté du trait, la richesse de l’or étalé sur le support, mais pour elle, cela reste du porno chic. Et l’impression que lui laisse cette exposition est exactement la même que celle quand, enfant, elle avait regardé, sous les draps et en cachette, les gros mots dans le dictionnaire. Un vague malaise. Question de culture sans doute.
Finalement son amie et elle vont découvrir la Pierre de Rosette et admirer la section égyptienne avec ses fresques du Parthénon. Impossible de repartir du British Museum sans voir cela. Ce serait comme aller au Louvre pour la première fois sans voir La Joconde ou aller au Caire sans visiter les Pyramides. 
Cela sauvera leur après-midi !

Shunga au British Museum  - Une critique du Guardian


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samedi 19 octobre 2013

Locked out - Acte II



 












Acte II - Octobre 2013
Nous sommes mi-octobre. Elle part faire des courses, ses précieuses clés à la main (elle a retenu la leçon). Lorsqu’elle revient, elle n'arrive pas à ouvrir la porte. Elle réalise alors que le problème, aujourd’hui, est qu’elle a, non pas un, mais deux trousseaux de clés : l’un dans sa main et l’autre… dans la serrure de l’autre côté de la porte. Elle encore une fois locked out !
Et les mêmes déménageurs qui étaient là en juin sont encore dans la rue ! Si, si, c’est vrai. Ils terminent la deuxième phase d’un déménagement administratif très important. Elle leur fournit ainsi l’histoire drôle de la journée. Mais heureusement, par rapport à la fois précédente, sa situation est nettement plus favorable : elle est habillée, a une voiture à disposition et un téléphone.
Après avoir retourné le problème dans tous les sens elle décide de casser un carreau. Mais les fenêtres accessibles, non munies de barreaux, donnent dans une cour intérieure vérrouillée, et appartenant à son propriétaire. Sa batterie de téléphone est presque à plat mais elle arrive à joindre celui-ci afin de pouvoir y accéder.
Et elle découvre qu'il est plus difficile qu'il n'y parait de casser un carreau délibérément. Elevée dans le respect des objets, cette dégradation volontaire et déterminée est totalement étrangère à son comportement habituel. Alors elle n'ose pas y aller franchement. Les coups sont d'abord timides puis se font plus énergiques : coups de coude, un bras enroulé dans le manteau, coups de sécateur (on prend ce qu'on trouve !) mais rien n’y fait. Finalement, des coups rageurs et de plus en plus exaspérés donnés avec un parapluie à bout ferré viennent à bout de la situation qui tourne au ridicule. Le verre vole. Elle se hisse sur la fenêtre. Elle s’enfonce un éclat de verre dans la main en grimpant, mais ouf ! Elle est enfin chez elle. Son propriétaire, un adorable vieux monsieur, lui propose de s'occuper lui-même de faire remplacer le carreau.
Mari chéri ? Oh, il n'en a rien su. Le soir elle lui cache le pansement sur la main et il ne voit pas le carton qui fait office de carreau. Jusqu'à aujourd'hui il ne sait rien de tout cela. Il le découvrira en lisant ces lignes. Mais elle est bien tranquille, cela le fera plutôt rire... juste après le traditionnel « Non, mais c'est pas vrai ! ».
Ah, ah !
 
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jeudi 17 octobre 2013

Locked out - Acte I

 
 













Acte I - Juin 2013 
  
Elle boit tranquillement son thé du matin en admirant les rayons du soleil qui éclairent sa cour. Puis elle décide d'aller regarder de plus près les fleurs qu'elle a planté la veille et sort en tirant un peu la porte derrière elle. 

Bang ! Emportée par l'élan, la porte de referme et claque d'un coup sec. Nooon ! Ca y est, cela devait arriver un jour, elle est enfermée dehors. Comme disent les Anglais avec leur concision imagée admirable, elle est locked out.
 
E
n pyjama très court et léger, pieds nus, sans clé et sans téléphone, elle est prisonnière dans la cour, entre deux portes fermées à clé, portail et entrée, par une belle matinée de juin ensoleillée. 


Hier soir elle a vu Superman au cinéma, alors des idées folles lui traversent l'esprit. Dans les films les serrures sont toujours faciles à crocheter mais elle n'a ni fil de fer, ni chewing-gum, ni rien à portée de main. Alors que faire ?  Court vêtue et pieds nus, elle se sent très vulnérable et absolument démunie. 

Elle décide de grimper sur le portail (ouch, cela fait mal !), et, faisant fi de son amour-propre, demande de l’aide à des déménageurs qui travaillent dans sa rue. Un petit homme brun, agile et serviable saute avec facilité l’obstacle et essaie de crocheter la serrure  de la porte d’entrée sans succès. Il finit par aller chercher un trousseau de clefs placé dans une cachette très compliquée à expliquer, et la délivre d’une situation bien embarrassante. 

Redevenue socialement présentable, elle apportera à son sauveur, une bouteille de champagne volée dans la cave de mari chéri. 


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vendredi 27 septembre 2013

Poivre et sel


 
















Lui, est élancé et se tient droit comme un « I ». On le sent solide et fiable. Un roc, un de ceux sur qui on peut toujours compter en cas de coup dur.
Elle, plus petite et plus délicate, donne l’impression d'avoir été quelques fois chahutée par la vie. 
Lui, est un peu rustique, mais ça et là, une pointe d’élégance classique montre qu'il sait faire preuve d’une classe folle lorsqu'il le faut.
Elle, est raffinée avec une touche d’originalité toute personnelle dans son allure. Et on perçoit tout de suite qu'elle a connu les fastes des grands jours en d'autres temps. On la sent habituée au luxe, on la devine même un peu frivole et capricieuse parfois.
Malgré leurs différences, ils forment un beau couple et tous deux ont une belle âme, taillée dans le bois le plus dur. Suprêmement élégants, ils portent toutefois ça et là quelques griffures, marques de longues années passées à servir. 
Lui est un moulin à poivre Peugeot de la fin du XIXe en bois et argent.
Elle est une salière, 
ex-moulin à poivre, devenu moulin à gros sel. Recouverte d’argent ciselé, elle est sortie des mêmes ateliers que lui quelques dizaines d'année plus tard.
Elle les a trouvés par hasard chez un collectionneur et a été tout de suite séduite par ces témoins d'un savoir faire plus que centenaire. Et leur beauté s'accordait si bien ensemble qu'elle les a emportés tel un trésor afin qu'ils reprennent du service dans sa maison de Bretagne. 
 
 
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jeudi 19 septembre 2013

Le bouquet









Le mariage précédent a du retard. Sur le parvis de l'église d'Amou, il règne une atmosphère d'effervescence joyeuse et un peu désordonnée. Les mamans sont forcément un peu nerveuses. Le temps tiendra-t-il ? Dorothée a-t-elle bien récupéré les paniers de pétales de fleurs ? Mais où est donc Alban, le témoin du marié ? On doit lui remettre sa boutonnière et il n'est pas là. Seul, le prêtre, un parent du futur marié, est imperturbable et reste serein.

L'église se vide enfin, dans une cacophonie débraillée et bruyante. Et puis, catastrophe ! On apprend que la future mariée a oublié son bouquet à la maison, à quarante cinq minutes d'ici. Pas le temps de retourner. Alors, vite, vite, une des mamans se précipite vers les fleuristes. Ils sont en train d'installer dans l'église les jolies compositions bucoliques prévues. Il va falloir improviser. Mais ce sont est de vrais professionnels. Quelques paniers sont dégarnis ça et là et un charmant bouquet est créé en quelques minutes. 

Enfin la voiture de la future mariée arrive. Ils se sont arrêtés chez le fleuriste local et ont, eux aussi, fait faire un bouquet. Vite, vite, la maman prend le ruban rouge du bouquet numéro deux. Elle le noue autour de la composition assemblée hâtivement par le fleuriste officiel. Un dernier ajustement aux plis de la robe et tout est prêt. Le prêtre leur fait signe. L'orgue entonne la musique choisie. Le futur marié entre au bras de sa mère. Un temps d'arrêt. Toutes les têtes se tournent. La future mariée sourit, elle est heureuse. Elle entre, gracieuse et élégante, au bras de son père qui, lui, est tendu comme un arc, et se dirige vers l'autel. Et elle tient fermement à la main son troisième bouquet de mariée.

calligraphie : clarencenalpas@gmail.com


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mardi 17 septembre 2013

Noces de perles


 

 


 

 

 

 

 

 

 

Il y a trente ans, souvenez-vous...

 

Ce jour-là il pleuvait mais chacun de vous épousait la perle rare dont il était amoureux...
Précieuse et difficile à obtenir, différente et unique, chaque perle a sa couleur propre et une forme tout à fait exceptionnelle. C'est ce qui fait le charme des ces trois décennies passées ensemble.
Et si les perles ne tournent pas rond parfois, l'essentiel reste bien qu'elles tournent toujours ensemble et dans la même direction.
C'était il y a trente ans... nostalgie heureuse...  


dimanche 21 juillet 2013

Un inconnu dans la nuit















Cela fait des heures qu'elle conduit et elle a hâte d'arriver chez elle. Il y a peu de monde sur l'autoroute et il est tard. Elle est un peu fatiguée. Elle s'ennuie. La radio l'agace et le même CD tourne en boucle, depuis toujours, semble-t-il. Elle accélère et double quelques voitures. Puis elle remet le régulateur. L'une des voitures qu'elle vient de doubler la dépasse à nouveau. La voiture roule un peu plus vite que la vitesse autorisée. Oh ! Pas beaucoup, juste assez pour être en infraction. 
 Elle la suit et trouve que le conducteur conduit bien. Elle décide alors de rester derrière lui, tant pis pour l'excès de vitesse. Il a peut-être un détecteur de radars. Elle ne sait pas mais elle l'espère. Ce sera son lièvre. 
 Les kilomètres défilent. Les embranchements, bretelles et raccordements se succèdent et son lièvre continue toujours dans la même direction qu'elle. C'est facile d'avoir un lièvre, on le suit, on double lorsqu'il double, on met son clignotant en même temps, l'enlève de même et on en se pose pas de question. Il faut juste regarder s'il ne vous emmène pas au Diable Vauvert, sans y prendre garde. 
 Un gros orage éclate. Il ralentit et elle aussi. Puis la route devient sèche à nouveau. Ils repartent ensemble, dans une connivence tacite. Ah ! Que c'est reposant. 
 Mais elle est enfin quasiment arrivée. Cela fait presque une heure qu'elle le suit. il n'a pas pu ne pas le remarquer. Comment remercie-t-on un inconnu qui vous aide malgré lui ? On sait bien manifester sa mauvaise humeur par des coups de klaxon rageurs mais il n'y a pas vraiment de convention dans ces cas là. Il fait presque nuit et elle se décide pour un appel de phares juste avant de prendre la bretelle d'autoroute. À son grand plaisir, l'inconnu lui répond en activant ses feux stop
 Elle ne saura jamais qui c'était, si c'était un homme ou une femme, s'il était vieux ou jeune. Juste qu'il conduisait bien une voiture noire, une Volkswagen et qu'il lui a servi de guide à la fin d'un long voyage.
 
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samedi 13 juillet 2013

Sur le bateau, portraits.














Une jeune fille est assise quelques bancs plus loin, sur le pont. Elle s'offre au soleil. Ils quittent le port et le vent se lève un peu. La jeune fille sort alors une écharpe légère de son sac. Une de ces écharpes qui sont un souffle de tulle et n'existent que pour ajouter la petite touche subtile à sa tenue. La jeune fille n'arrive pas à se décider : un tour, deux tours, trois tours autour du cou ? Elle fait trois tours avec un nœud savant. Non, cela ne va pas, ce sera deux tours finalement, avec les pans qui flottent au vent. Elle n'a pas vu que l'étiquette blanche de l'écharpe dénote de façon presque obscène dans ce savant montage. Elle se passe la main dans les cheveux. On dirait une publicité pour Frank Provost ou Pantène. Ses cheveux sont magnifiques, brillants et souples. Ils tombent en cascade et glissent dans ses doigts. Visiblement elle voyage seule et s'ennuie. Elle tournicote une mèche avec un doigt et s'occupe en pianotant sur son portable. La jeune fille est très jolie et le sait, et il y a un petit « je ne sais quoi » de trop pensé, un manque de spontanéité qui gâche le tableau. Elle prend une pose étudiée, le dos bien droit et la main sous le menton pour mettre en valeur son profil qui est parfait. C'est le Sphinx qui regarde au loin l'Atlantique. 

 Plus loin une famille Le Quesnoy* profite des joies de la traversée. La maman, cotillon simple et souliers plats, les prend en photo à tour de rôle. Le petit troisième, un beau petit garçon de quatre ans, prend la pose et mimique son grand frère en tous points. 

 Devant elle, une jeune femme assez lourde et un peu vulgaire, avec ses deux petites filles. Le grand-père, pipe et catogan gris, un peu soixante-huitard attardé, les accompagne. Des cheveux gris frisotent autour de la tête et refusent la discipline. Les petites filles ont un air dépenaillé et vaguement sale. Elles courent pieds nus sur le pont. La plus jeune possède un visage déjà très individualisé. Rousse avec une grande bouche, elle sera probablement une adolescente assez disgracieuse mais aura plus tard, si elle évite l'écueil de la vulgarité, un visage sur lequel on se retournera. Aucune annonce ici de la joliesse de la jeune fille au foulard, mais l'amorce d'un visage à la Jeanne Moreau ou à la Fanny Ardent. Un visage typé et qui ne répond à aucun des canons de beauté classique. 

 La famille Le Quesnois se prépare au débarquement. Tout le monde remet son sweat Gap et maman leur donne un petit goûter sous l'œil attendri des voisins. L'autre maman et les fillettes descendent vers la sortie. Le Sphinx a disparu, la femme ne la trouvera pas à son grand dépit car elle était curieuse d'en savoir plus : quelle était sa silhouette ? qui l'attendait ? Elle la cherchera des yeux sur le quai mais la jeune fille gardera son mystère et elle ne la reverra pas.
 
*La vie est un long fleuve fleuve tranquille  


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lundi 1 juillet 2013

Chouchou...

chouchou

Crédit photo Metin Demiralay


Et ils disent tous : « Lui, c'est le chouchou. »
Non, ce n'est pas le chouchou mais il est son premier enfant. 
Il est le premier à lui dire maman. 
Il est le premier à tomber de vélo et à lui faire peur. 
Il est le premier à la faire sourire, à la faire rire et parfois pleurer. 
Il est premier aussi qu'elle laisse à la porte de la maternelle, le premier à avoir son bac, à partir en prépa et maintenant il est le premier à se marier. 
Non, ce n'est pas le chouchou mais il est l'aîné, et il est le premier pour tout. 

La première, elle l'est longtemps pour lui. Mais cela, c'était avant, avant Marie, sa femme. Et aujourd'hui la première, c'est elle, et c'est bien. 

Alors ? Maintenant, elle a deux chouchous ?!...



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