jeudi 15 décembre 2011

Un autre lièvre...

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Une pluie froide tombe sans arrêt. Elle part quand même courir. Le temps n'est guère engageant mais la température n'est pas si basse qu'il ne semble. L'eau de la rivière est trouble et opaque. On n'y distingue plus les truites comme il y a quelques semaines.

Cette fois-ci, elle l'a entendu arriver. Un pas lourd et ferme. Il la dépasse sans effort d'une foulée énergique. Lui court tête nue, sans gants et en short. Il a les jambes bronzées. Mais d'où revient-il ce lièvre-là pour être bronzé comme cela ? D'îles lointaines où il est allé s'entraîner ? Ses jambes sont musclées et fortes comme ceux qui font du trail pour s'amuser et avalent 1000m de dénivelé sans effort. Contrairement à son lièvre-gazelle de la fois dernière, celui-ci est puissant et compact. Mais lui aussi court vite, vite, et s'éloigne rapidement.

 Vexée d'être toujours laissée sur place et lassée de son allure de sénateur, elle accélère un peu... pff pfff ! C'est dur. Heureusement un lacet défait lui permet d'avoir un prétexte pour faire une pause. Sa sortie est presque terminé. Il pleut toujours. Une dernière volée de marches et elle est arrivée.

Elle est mouillée mais contente. On se sent toujours bien après l'effort. Et puis plus tard, il y aura forcément un moment où elle pourra se la jouer un peu, parfaire son image de sportive intrépide et laisser tomber négligemment : « Ah, oui, c'est vrai, il pleuvait ce matin. Tu sais, je n'ai pas fait très attention, moi, je sors par tous les temps. »


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lundi 12 décembre 2011

Intouchables, en plein dans le mille !

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Il parait qu'Intouchables n'est pas politiquement correct. Le film qui fait un tabac en France est épinglé aux US comme raciste ! Sensibilité différente de deux peuples ayant un passé différent. Cela sent très fort la mauvaise conscience. Il semble que les US aient du mal à oublier leur passé d'esclavagiste et interprètent des situations où nous, Français n'ayant pas le même passé, ne voyons rien de mal. Comme le disait un chroniqueur, dans le film, ce qui déplaît de l'autre côté de l'océan est qu'Omar Sy soit en situation de servilité. En fait s'il était chef de gang ou en position de commander, pas de problème. Mais son rôle est celui d'un domestique « grosso modo, le personnage d'Omar Sy y est perçu tel un singe de compagnie qui n'a pour seul attribution que de divertir l'homme blanc » (cf ce lien) Les US préfèrent un autre film La couleur des sentiments qui traite de la condition noire du personnel de maison dans les années 60 dans le Mississipi. Il a un énorme succès aux US, c'est un joli film mais il est pourtant plein de clichés et un peu manichéen.

Certes, sans aucun doute, cette rencontre entre deux exclus est féroce parfois. Il suffit de penser à la réplique « Pas de bras, pas de chocolat » pour en être persuadé. On peut aussi être partagé sur le fait de savoir si c'est un bon film ou pas (lire la critique impitoyable de Libération 14 novembre 2011). Mais raciste, surement pas ! 

On n'ose penser à la réaction des bien pensants si Les aventures de Rabbi Jacob sortaient aujourd'hui. Ce serait l'émeute. Alors impossible de résister au petit plaisir de rapporter le dialogue hilarant entre Pivert (Louis de Funès) et son chauffeur :

Pivert : Vous avez vu la mariée ?
Le policier : Oui.
Pivert : Elle est noire ! Elle est même pas café-au-lait, elle est noire. Et lui, il est blanc.

...

Pivert : Vous avez vu Salomon, ils ont des voitures maintenant ! Héhéhé, ils ont des Rolls Blanches, les noirs !
Salomon : En tout cas c'est pas à Monsieur que ça risquerait d'arriver...
Pivert : Quoi donc ?
Salomon : Que Mademoiselle épouse un noir !
Pivert : Qu'est-ce que ça veut dire ça ?
Salomon : Que Monsieur est peut-être un peu raciste !
Pivert : Raciste ? Moi, raciste ? Salomon ! Raciste ? Enfin Dieu merci, Antoinette épouse un français bien blanc, bien blanc ! Il est même un peu pâlot, vous ne trouvez pas ? Avec ses p'tits boutons...
Salomon : Et son cheveu sur la langue.
Pivert : Il a un cheveu, mais il est riche ! Riche comme moi et catholique comme tout le monde !
Salomon : Pas comme tout le monde, Monsieur, parce que moi, par exemple, je suis Juif.
Pivert : Vous êtes Juif ! Comment, Salomon, vous êtes Juif ? Salomon est Juif ! Oh !
Salomon : Et mon oncle Jacob qui arrive de New York, il est Rabbin !
Pivert : Mais il est pas Juif ?

Quel dommage, l'auto censure actuelle. Mais qu'on soit rassuré, business is toujours business. Les droits d'Intouchables seraient déjà achetés en vue d'un remake à l'américaine. Et qui donc tiendra le rôle d'Omar Sy ?


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lundi 5 décembre 2011

Le lièvre.

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Pfuiiit ! Elle ne l'avait pas entendu arriver. Il la dépasse sans effort. Elle a tout juste le temps d'apercevoir une masse de cheveux châtain, drus et épais.

Et il court vite, vite. Il a la foulée souple et élastique des jeunes hommes pour qui le sport se fait sans effort apparent. Elle cesse de penser à autre chose et le suit des yeux.

Et il court vite, vite. Sa silhouette en noir s'éloigne déjà. Fin et léger, il semble glisser sur ces chemins du bord de la rivière. 

Et il court vite, vite. Il a la cadence rythmée de ceux pour qui cet exercice est devenu si facile. Il a atteint le prochain pont. Elle le perd de vue. Mais elle est déjà arrivée. Cet inconnu lui a rendu sa course plus facile.

Ignorant l'aide qu'il lui a apporté, son lièvre élégant et gracieux continue à courir.

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samedi 3 décembre 2011

Le vide.

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Depuis plus de dix ans elle est dans une association. Au fil des années c'est devenue une grosse association qui prend de plus en plus de place dans sa vie, presque un mi-temps. Mais un jour elle décide de partir. Parce qu'il faut partir un jour, parce que tout marche bien maintenant et parce qu'elle est loin. Et elle part. 

Et alors c'est le vide. Vide dans sa vie tout d'un coup. Elle s'y attendait mais n'appréhendait pas son ampleur. L'association a petit à petit pris la place des enfants qui grandissaient, du mari qui était souvent loin et lui a ouvert des fenêtres sur la vie. Car elle n'a jamais travaillé. Une famille nombreuse, des déménagements fréquents, et la vie a choisi pour elle. Elle l'a laissé faire passivement, un non-choix en somme.

Devant ce vide elle pense à tous ceux qui ont eu leur choix forcé. Ceux qui se lèvent le matin et ont ce trou béant devant eux. Ceux dont le contrat ne sera pas renouvelé ou ceux qui n'en ont jamais eu. Ceux qui sont découragés car ils ne savent pas s'ils pourront payer le loyer ou les traites de la maison, ou la cantine du petit dernier. Un vide qui les empêche d'avoir une identité. Car on existe par ce que l'on fait, et pas toujours par ce que l'on est. On le sait déjà tout petit puisqu'une une des premières questions posée dans la cour de l'école est : « Ils font quoi tes parents ? ». 

Alors devant ce vide énorme qui risque de l'aspirer, elle se dit qu'elle a de la chance et elle lui tourne le dos pour repartir à grands pas vers d'autres horizons.


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dimanche 20 novembre 2011

Intouchables intouchés.

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Histoire d'une sucession de rendez-vous manqués.

C'est le film du moment alors, comme tout le monde, elle a envie d'aller le voir. Mais elle n'aime pas aller au cinéma seule et Mari Chéri est sans arrêt en déplacements. 
Elle décide d'y aller avec une amie et achète ses tickets sur le net. Puis l'amie appelle pour dire qu'elle est malade et la sortie est annulée. Elle a juste le temps de se faire rembourser ses billets.
Pas grave, comme elle se rend à Paris, elle ira avec un des ses enfants. Le rendez-vous est pris un soir. Mais voilà, ils ne sont pas les seuls à avoir eu la même idée et n'ont pas pensé à réserver. C'est la veille d'un long week-end et les bornes de billets à Châtelet/Les Halles sont prises d'assaut. Ils patientent mais juste avant leur tour, apprennent que les deux salles dans lesquelles le film passe sont complètes. Déçue, elle rentre surfer sur le net.
Mari Chéri finit par rentrer des Amériques lointaines et le film passe toujours dans sa ville, encore une fois dans deux salles. Cette fois-ci, prévoyante, elle achete ses places à l'avance. Ils se présentent donc à l'heure dite pour enfin voir ce film tant désiré. La salle est déjà complètement pleine, il reste bien deux fauteuils de libres mais distants de plusieurs rangées : « Allez dans la salle 6, il y a encore des places » leur dit un employé. 

Vite, vite, ils y courent et trouvent deux fauteuils côte à côte. Ouf ! Les pubs passent puis le film commence... Carrée dans son fauteuil elle s'apprête à savourer ce film bien mérité. Elle va enfin le voir. Les images commencent à défiler, Honk kong, Chicago... Le doute s'installe. Raaaagh ! Mais que fait Matt Damon dans son film ?! Noooon... l'employé s'est trompé de numéro, elle est en train de regarder Contagion ! Mais ce n'est pas cela du tout qu'elle voulait. Donnez-lui son film !

Finalement, découragée, dépitée et désbusée, elle renonce pour la soirée à courir après ce fauteuil roulant qui lui échappe sans cesse et regarde comment un virus tueur essaie de décimer la moitié de la population de la planète.

A ce jour, elle n'a toujours pas vu son film mais elle espère toujours.


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vendredi 18 novembre 2011

Grains de sable...

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C'est l'époque des prix littéraires : Goncourt, Renaudot, Fémina... alors nous les trouvons dans les librairies avec le bandeau rouge. Et puis, bientôt, on pourra les télécharger. Car on lit de plus en plus sur écran.

La frontière entre le virtuel et le réel s'amenuise. Pourtant, le papier a des atouts que n'a pas, et que n'aura jamais le virtuel. Il manque aux livres électroniques tout le côté émotionnel et sensoriel de son homologue papier. On peut imiter le bruit des pages que l'on tourne mais il manquera toujours le touché et l'odorat. On ne peux reproduire l'odeur du livre, ce parfum d'encre fraîche qui nous faisait aimer la rentrée et les livres neufs. On ne peut remplacer l'émotion qui vous saisit lors qu'on ouvre un livre oublié et que l'on le feuillette pour retrouver les passages aimés, ou encore lorsqu'on respire cette odeur un peu renfermée caractéristique des livres des maisons de vacances ou achetés dans les brocantes .

Un ebook qui tombe, c'est une catastrophe, au mieux une grosse peur, au pire des milliers de mots qui s'éparpillent à jamais sur le sol et la carte de crédit qui reprend du service. On ne peux le balancer négligemment au fond d'un sac ou d'une valise. Lorsque que le livre papier tombe, ce n'est jamais très grave. Quelque fois, il s'ouvre tout seul à la page où se sont coincés des grains de sable, et on se rappelle  la plage de X où on a été follement amoureux, ce bel été là. Ou encore on retrouve comme marque-page une carte d'embarquement d'un vol pour des vacances lointaines. 

L'ebook n'aura jamais cette dimension émotionnelle du livre. Chaque livre papier est unique et a sa propre identité, chaque livre papier enferme un histoire, des vies qui tiennent dans notre main. L'ebook est une bibliothèque à lui tout seul et cet immense avantage pour le savoir devient un handicap pour nos émotions. Car si l'ebook est pratique, il est aussi impersonnel et froid. Alors s'il complète le livre papier, il ne peut le remplacer.

Des grains de sable dans un ebook, c'est un désastre, mais des grains de sable dans un livre, ce sont des émotions et n'est-ce-pas le propre de l'homme ?

 

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vendredi 11 novembre 2011

Du rose sur fond gris.

Du rose sur fond gris

Paris, par un lugubre matin de novembre.

Un des ces matins où on souhaiterait bien rester sous la couette. C'est un jour férié et on n'a pas trop de raisons de se lever. Calé au fond du lit on souhaite que la journée passe bien vite car tout est gris : le ciel est gris, les immeubles sont gris et c'est gris dans sa tête. Mais par la force de l'habitude et parce qu'on a toujours été raisonnable et sage, on finit par se lever. Maussade, on se traîne jusqu'à la salle de bains. Pfff, quelle tête on a ! Et puis en passant devant le balcon, on voit du coin de l'oeil une tache rose. On s'approche, pas très bien réveillé tout de même et, oui... on ne s'est pas trompé, une des jacinthes que l'on a plantée au printemps refleurit. Petite et rabougrie mais définitivement fleurie. Alors on contemple cette petite fleur qui se s'est trompée de saison et on se dit que tout va décidément bien mal : la crise grecque, la crise italienne, la crise espagnole... si en plus, la nature s'y met !

Quand même, on repasse devant le balcon et on regarde à nouveau cette toute petite fleur de printemps... et puis... on ne sait pas... il semble alors que le ciel n'est plus tout à fait gris, que la ténacité de cette petite fleur à survivre nous réconforte, on pense à Wall-E... l'esprit vagabonde. Et finalement, c'est avec un air décidé que l'on prend son portable et on que l'on appelle des amis pour aller au cinéma et passer la soirée ensemble.

La petite fleur, elle, continue son bonhomme de chemin, mais on attendra qu'elle gèle pour la remplacer et planter de nouveaux bulbes de printemps.  

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