jeudi 26 juillet 2012

Osez bronzer idiot !

idiot.jpg

En ces temps d'efficacité maximum et de rentabilité exacerbée, profitez des vacances : ne faites rien et bullez au soleil sans mauvaise conscience. Oui, bullez sur la plage ou sur votre terrasse avec comme seule compagnie votre crème solaire ! Si vous lisez, lisez des livres sans intérêt et allez voir des films ineptes au cinéma. Laissez-vous aller sans complexes et osez enfin être un vacancier décérébré qui n'a d'autre ambition pendant les vacances que de lâcher prise et de passer ses cellules grises à l'essoreuse. Oubliez vos mails et smart phones, le patron qui vous ennuie, la courbe des ventes en zigzag et ce collègue agaçant. Et si vous voyez une affiche d’exposition, de musée, fuyez, fuyez loin et ne vous arrêtez que lorsque vous aurez trouvé une terrasse pour boire une bière avec d’autres débranchés. Si vous voulez voyager, consommez du surimi de tourisme, Ibiza ou autre où vous n'aurez pas d’états d’âmes pour la population locale. Pour la radio, évitez France Inter qui vous parle de Montaigne à midi justement pour vous éviter de bronzer idiot. 

À la rentrée, si vous avez suivi ces conseils judicieux, le corps reposé et le cerveau totalement lobotomisé, vous serez capables d’attaquer à nouveau l’année, d’avaler toutes les vilenies de la vie, le chômage à la porte, le CAC 40 incertain et les guerres qui n'en finissent jamais, les accumulant jusqu’à l’été prochain, époque où vous aurez le droit à nouveau d’être en rupture du quotidien et de devenir à nouveau un abîme de vacuité oisive.

Bonne vacances !

Ce billet vous a plu? Pour être averti automatiquement à chaque nouvelle diffusion sur le blog, inscrivez vous à la Newsletter !

dimanche 22 juillet 2012

Le tramway

tramway2.jpg

C'est dimanche et il est presque midi. Elle marche en solitaire dans la ville silencieuse. Mais sa ville, sa belle ville, est éventrée et exhibe des plaies béantes. Sous le soleil de juillet et dans les rues désertées par ses habitants, elle ressemble plus que jamais à un patient qu'un chirurgien négligent aurait abandonné sur la table d'opération. Les marteaux piqueurs et les pelleteuses ont été des scalpels impitoyables et les palissades, comme autant de champs opératoires, cachent mal ces déchirures. Ses entrailles ouvertes exposent avec impudeur de la ferraille et des tuyaux tordus.

Elle traverse la vieille ville. Elle sent l'âme de la cité qui palpite sous la pierre bleutée. Sa ville reprend des forces pour affronter demain les machines qui vont encore la retourner et l'ouvrir sans pitié.

Mais dans un an, dans deux ans, on ne sait, ses plaies cicatrisées, elle se redressera, orgueilleuse et fière à l'ombre de sa citadelle. Et elle aura oublié ce qui ne sera plus lointain souvenir parmi tant d'autres.

Simon Daval

Ce billet vous a plu? Pour être averti automatiquement à chaque nouvelle diffusion sur le blog, inscrivez vous à la Newsletter !

mardi 10 juillet 2012

L'accompagnatrice

champsaur-piolit2.jpg

Vendredi soir, le 6 juillet.
Il est presque minuit et ils arrivent à la chambre d'hôte à 1200m d'altitude, près de Gap dans les Hautes-Alpes. Il
 fait 12°. « Mais qu'est ce que je fais là ? » murmure-t-elle, tout bas afin que mari chéri ne l’entende pas. Douze ans de vie dans le Jura, en moyenne montagne, lui ont définitivement donné une allergie épidermique à la montagne en été. C’en est presque de l’autisme. Et la dernière fois qu’ils ont séjourné dans cet endroit, le temps était affreux, brouillard une partie de la journée avec 10° en plein été. Alors elle est venue en trainant les pieds et en ronchonnant, avec trois pulls dans la valise.

Mais elle venue. Son traître de mari lui a pris le pack d’accompagnatrice de trail car il s'est inscrit au Champsaurin, dimanche, un trail de 37 km avec 2500 mètres de dénivelé. Le trail, cette course à pieds sur sentiers, si éprouvante. On souffre, on dépasse ses limites, on se repose un peu et puis on recommence ! Et tous les trailers vous diront aussi que, ce faisant, ils voient des paysages magnifiques. Pour communier avec la nature, elle, elle préfère jouer au golf, mais le trailer de base a du mal à partager son point de vue. Voyez-vous, Ils ne jouent pas dans la même cour.

Le lendemain matin, encore au lit, en ouvrant les yeux, elle aperçoit un petit morceau de montagne qui se découpe sur le ciel bleu. Ah ! Le fourbe, il a tout prévu pour qu’elle soit obligée de sourire. Il fait même presque chaud au soleil. Ils partent alors faire une marche facile qui les entraîne à plus de 2000 mètres, vers un petit lac de montagne, ses abords herbeux avec de gros rochers plats. Ils repèrent plus de vingt espèces de fleurs différentes. C’est idyllique. Sa mauvaise foi ne peut résister : elle est conquise.

champsaur_fleur3.jpg

Le jour de la course, son statut d’accompagnatrice l’emmène au premier point de ravitaillement. Elle voit les premiers coureurs, gazelles au pied léger qui ont l’air de ne pas toucher le sol. Elle joue le jeu, applaudit tous ceux qui passent (plus spécialement son trailer), puis redescend à pied vers le village d’arrivée, à deux heures de marche. Elle admire le paysage magnifique, tout la vallée du Champsaur qui s’étale sous ses yeux.

Finalement elle attendra quatre heures son trailer dans ce petit village de montagne, dans une ambiance bon enfant et sans jamais s’ennuyer. Elle avait apporté magazine et livre mais ne les ouvrira pas. Elle s’émerveillera des performances, félicitera de parfaits inconnus, consolera un jeune d'un adandon suite à une blessure et admirera l’esprit d’entraide. Elle achètera aussi cinq kilos d’abricots pour faire des confitures. Et puis sur le chemin du retour, mari chéri lui décernera le titre de coach officiel car, pendant la course, elle aura su trouver les mots pour l’encourager lors d’une défaillance passagère.

Allez, il faut bien le dire, elle, la citadine, a passé un superbe week-end dans ce village de montagne de 600 habitants.

Le week-end prochain ? Son trailer se repose… et elle aussi. Accompagnatrice-coach, c’est épuisant !

Ce billet vous a plu? Pour être averti automatiquement à chaque nouvelle diffusion sur le blog, inscrivez vous à la Newsletter !

vendredi 6 juillet 2012

Apnée

 

 

apnee.jpg

 

 

Un papillon qui vole,

une petite bulle d'air,

une soudaine bouffée d'oxygène, 

quelque secondes la tête hors de l'eau

et puis tu replonges en apnée

vers tes dossiers,

 

étouffants,

exigeants,

passionnants. 

 

Papillon vole et continue son chemin...

 

 

 

 

 Ce billet vous a plu? Pour être averti automatiquement à chaque nouvelle diffusion sur le blog, inscrivez vous à la Newsletter !

mercredi 27 juin 2012

Partie !

Partir.jpg

La clé tourne dans la serrure et la porte d'entrée claque. Cela résonne dans la maison vide et l'absence la frappe au visage. Cet après-midi elle a déposé sa fille à Roissy. Elle est partie en Australie, loin, à l'autre bout du monde. Les enfants, on les élève pour qu'ils nous quittent et soient heureux sans nous et puis, un jour, ils nous prennent au mot et ils s'en vont. 

Il fait presque nuit mais elle décide d'aller courir pour chasser les toiles d'araignées qui se tissent dans sa tête. Elle passe dans un tunnel, des gouttes font ploc ! ploc ! et la lumière est blafarde. Elle débouche sur les quais de la rivière qui sont presque vides. Il y encore quelques amoureux ça et là sur des coins de pelouse ou sur des bancs. Il fait nuit et elle rentre. 

 Elle jette un œil à la chambre de sa fille inhabituellement rangée et va dans la sienne. Sur le lit, elle trouve un petit mot doux et affectueux que sa fille lui a laissé avant de quitter la maison. Elle en a mis également un pour son père. Elle s'endort en pensant à elle. Elle n'est plus triste. Six mois, c'est vite passé finalement.

Partir, huile sur toile de Jean Arcelin.

 

Ce billet vous a plu? Pour être averti automatiquement à chaque nouvelle diffusion sur le blog, inscrivez vous à la Newsletter !


dimanche 3 juin 2012

La maison éventrée

demolition14web.jpg

 Je suis une vieille maison sur une ile de Bretagne. On doit me rénover et m'agrandirir. 
Un jour, j’ai vu arriver des hommes avec des grosses chaussures. Ils avaient des pelles de métal. Et j’ai commencé à avoir peur. Ils m’ont d’abord enlevé un morceau de toit, puis des fenêtres, et puis une partie de mes murs est tombée. Une partie seulement, car je suis toujours debout.

 Une petite bonne femme brune toute frêle et menue dirige les hommes aux grosses chaussures. Elle est si petite qu’un coup de vent d’ouest la ferait voler jusqu’à la côte sauvage. Mais il ne faut pas s’y fier, c’est bien elle qui commande les hommes aux grosses chaussures.

 Et puis un de mes deux pignons qui étaient encore debout est tombé. Et une autre petite bonne femme est arrivée, blonde cette fois. La brune et la blonde se sont mises à parler et les hommes aux grosses chaussures m’ont regardée d’un drôle d’air. J’ai bien compris alors que mes jours étaient comptés. Il parait que je ne suis pas solide, que je suis trop mal construite, que mes poutres sont pourries et que mes murs sont fissurés. Et ils ont décidé de me mettre par terre.

demolition11web.jpg


 Pourtant j’en ai vu des choses se passer sous mon toit. J’en ai entendu des rires. Et des pleurs aussi, parfois. Des enfants qui ont grandi et qui sont devenus des adultes ont dévalé mes escaliers et ont chahuté dans mes chambres. Et puis il y a aussi une vieille dame qui m’est fidèle depuis longtemps et cela me ferait de la peine de ne plus la voir.

 La petite bonne femme blonde avait un peu de mal à laisser faire les pelles de métal. Alors la petite bonne femme brune a dit que je serai reconstruite à l’identique, que je reverrai la vieille dame et que j’entendrai à nouveau des rires d’enfants.

Je n’ai plus peur des hommes aux grosses chaussures ni des pelles de métal.



Ce billet vous a plu? Pour être averti automatiquement à chaque nouvelle diffusion sur le blog, inscrivez vous à la Newsletter !

vendredi 1 juin 2012

Petit plaisir minuscule à la Philippe Delerm

sable2

Le sable sec glisse entre ses orteils. Elle se laisse aller au plaisir sensuel du soleil. À travers les vêtements, ce soleil de mai chauffe sans brûler. Allongée sur la plage, elle entend le bruit des vagues qui se cassent tout près. Une mouette passe en criant. Deux femmes discutent tranquillement un peu plus loin. Elle entend juste leur voix sans comprendre les mots. Tous ces sons mélangés la berce et une douce torpeur l’envahit. Elle ferme les yeux.

Mais il est déjà l’heure. Elle remet ses tennis, attrape sa valise qui lui servait d’oreiller et va prendre son bus. Ce soir, elle sera à Paris. C’était juste une parenthèse, un petit bonheur en passant. Quelques instants inattendus qui font que, tout d’un coup, la vie est belle. 

Demain matin, souvenirs de ce petit plaisir minuscule, elle trouvera des grains de sable dans le lit.

Ce billet vous a plu? Pour être averti automatiquement à chaque nouvelle diffusion sur le blog, inscrivez vous à la Newsletter !