jeudi 19 septembre 2013

Le bouquet









Le mariage précédent a du retard. Sur le parvis de l'église d'Amou, il règne une atmosphère d'effervescence joyeuse et un peu désordonnée. Les mamans sont forcément un peu nerveuses. Le temps tiendra-t-il ? Dorothée a-t-elle bien récupéré les paniers de pétales de fleurs ? Mais où est donc Alban, le témoin du marié ? On doit lui remettre sa boutonnière et il n'est pas là. Seul, le prêtre, un parent du futur marié, est imperturbable et reste serein.

L'église se vide enfin, dans une cacophonie débraillée et bruyante. Et puis, catastrophe ! On apprend que la future mariée a oublié son bouquet à la maison, à quarante cinq minutes d'ici. Pas le temps de retourner. Alors, vite, vite, une des mamans se précipite vers les fleuristes. Ils sont en train d'installer dans l'église les jolies compositions bucoliques prévues. Il va falloir improviser. Mais ce sont est de vrais professionnels. Quelques paniers sont dégarnis ça et là et un charmant bouquet est créé en quelques minutes. 

Enfin la voiture de la future mariée arrive. Ils se sont arrêtés chez le fleuriste local et ont, eux aussi, fait faire un bouquet. Vite, vite, la maman prend le ruban rouge du bouquet numéro deux. Elle le noue autour de la composition assemblée hâtivement par le fleuriste officiel. Un dernier ajustement aux plis de la robe et tout est prêt. Le prêtre leur fait signe. L'orgue entonne la musique choisie. Le futur marié entre au bras de sa mère. Un temps d'arrêt. Toutes les têtes se tournent. La future mariée sourit, elle est heureuse. Elle entre, gracieuse et élégante, au bras de son père qui, lui, est tendu comme un arc, et se dirige vers l'autel. Et elle tient fermement à la main son troisième bouquet de mariée.

calligraphie : clarencenalpas@gmail.com


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mardi 17 septembre 2013

Noces de perles


 

 


 

 

 

 

 

 

 

Il y a trente ans, souvenez-vous...

 

Ce jour-là il pleuvait mais chacun de vous épousait la perle rare dont il était amoureux...
Précieuse et difficile à obtenir, différente et unique, chaque perle a sa couleur propre et une forme tout à fait exceptionnelle. C'est ce qui fait le charme des ces trois décennies passées ensemble.
Et si les perles ne tournent pas rond parfois, l'essentiel reste bien qu'elles tournent toujours ensemble et dans la même direction.
C'était il y a trente ans... nostalgie heureuse...  


dimanche 21 juillet 2013

Un inconnu dans la nuit















Cela fait des heures qu'elle conduit et elle a hâte d'arriver chez elle. Il y a peu de monde sur l'autoroute et il est tard. Elle est un peu fatiguée. Elle s'ennuie. La radio l'agace et le même CD tourne en boucle, depuis toujours, semble-t-il. Elle accélère et double quelques voitures. Puis elle remet le régulateur. L'une des voitures qu'elle vient de doubler la dépasse à nouveau. La voiture roule un peu plus vite que la vitesse autorisée. Oh ! Pas beaucoup, juste assez pour être en infraction. 
 Elle la suit et trouve que le conducteur conduit bien. Elle décide alors de rester derrière lui, tant pis pour l'excès de vitesse. Il a peut-être un détecteur de radars. Elle ne sait pas mais elle l'espère. Ce sera son lièvre. 
 Les kilomètres défilent. Les embranchements, bretelles et raccordements se succèdent et son lièvre continue toujours dans la même direction qu'elle. C'est facile d'avoir un lièvre, on le suit, on double lorsqu'il double, on met son clignotant en même temps, l'enlève de même et on en se pose pas de question. Il faut juste regarder s'il ne vous emmène pas au Diable Vauvert, sans y prendre garde. 
 Un gros orage éclate. Il ralentit et elle aussi. Puis la route devient sèche à nouveau. Ils repartent ensemble, dans une connivence tacite. Ah ! Que c'est reposant. 
 Mais elle est enfin quasiment arrivée. Cela fait presque une heure qu'elle le suit. il n'a pas pu ne pas le remarquer. Comment remercie-t-on un inconnu qui vous aide malgré lui ? On sait bien manifester sa mauvaise humeur par des coups de klaxon rageurs mais il n'y a pas vraiment de convention dans ces cas là. Il fait presque nuit et elle se décide pour un appel de phares juste avant de prendre la bretelle d'autoroute. À son grand plaisir, l'inconnu lui répond en activant ses feux stop
 Elle ne saura jamais qui c'était, si c'était un homme ou une femme, s'il était vieux ou jeune. Juste qu'il conduisait bien une voiture noire, une Volkswagen et qu'il lui a servi de guide à la fin d'un long voyage.
 
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samedi 13 juillet 2013

Sur le bateau, portraits.














Une jeune fille est assise quelques bancs plus loin, sur le pont. Elle s'offre au soleil. Ils quittent le port et le vent se lève un peu. La jeune fille sort alors une écharpe légère de son sac. Une de ces écharpes qui sont un souffle de tulle et n'existent que pour ajouter la petite touche subtile à sa tenue. La jeune fille n'arrive pas à se décider : un tour, deux tours, trois tours autour du cou ? Elle fait trois tours avec un nœud savant. Non, cela ne va pas, ce sera deux tours finalement, avec les pans qui flottent au vent. Elle n'a pas vu que l'étiquette blanche de l'écharpe dénote de façon presque obscène dans ce savant montage. Elle se passe la main dans les cheveux. On dirait une publicité pour Frank Provost ou Pantène. Ses cheveux sont magnifiques, brillants et souples. Ils tombent en cascade et glissent dans ses doigts. Visiblement elle voyage seule et s'ennuie. Elle tournicote une mèche avec un doigt et s'occupe en pianotant sur son portable. La jeune fille est très jolie et le sait, et il y a un petit « je ne sais quoi » de trop pensé, un manque de spontanéité qui gâche le tableau. Elle prend une pose étudiée, le dos bien droit et la main sous le menton pour mettre en valeur son profil qui est parfait. C'est le Sphinx qui regarde au loin l'Atlantique. 

 Plus loin une famille Le Quesnoy* profite des joies de la traversée. La maman, cotillon simple et souliers plats, les prend en photo à tour de rôle. Le petit troisième, un beau petit garçon de quatre ans, prend la pose et mimique son grand frère en tous points. 

 Devant elle, une jeune femme assez lourde et un peu vulgaire, avec ses deux petites filles. Le grand-père, pipe et catogan gris, un peu soixante-huitard attardé, les accompagne. Des cheveux gris frisotent autour de la tête et refusent la discipline. Les petites filles ont un air dépenaillé et vaguement sale. Elles courent pieds nus sur le pont. La plus jeune possède un visage déjà très individualisé. Rousse avec une grande bouche, elle sera probablement une adolescente assez disgracieuse mais aura plus tard, si elle évite l'écueil de la vulgarité, un visage sur lequel on se retournera. Aucune annonce ici de la joliesse de la jeune fille au foulard, mais l'amorce d'un visage à la Jeanne Moreau ou à la Fanny Ardent. Un visage typé et qui ne répond à aucun des canons de beauté classique. 

 La famille Le Quesnois se prépare au débarquement. Tout le monde remet son sweat Gap et maman leur donne un petit goûter sous l'œil attendri des voisins. L'autre maman et les fillettes descendent vers la sortie. Le Sphinx a disparu, la femme ne la trouvera pas à son grand dépit car elle était curieuse d'en savoir plus : quelle était sa silhouette ? qui l'attendait ? Elle la cherchera des yeux sur le quai mais la jeune fille gardera son mystère et elle ne la reverra pas.
 
*La vie est un long fleuve fleuve tranquille  


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lundi 1 juillet 2013

Chouchou...

chouchou

Crédit photo Metin Demiralay


Et ils disent tous : « Lui, c'est le chouchou. »
Non, ce n'est pas le chouchou mais il est son premier enfant. 
Il est le premier à lui dire maman. 
Il est le premier à tomber de vélo et à lui faire peur. 
Il est le premier à la faire sourire, à la faire rire et parfois pleurer. 
Il est premier aussi qu'elle laisse à la porte de la maternelle, le premier à avoir son bac, à partir en prépa et maintenant il est le premier à se marier. 
Non, ce n'est pas le chouchou mais il est l'aîné, et il est le premier pour tout. 

La première, elle l'est longtemps pour lui. Mais cela, c'était avant, avant Marie, sa femme. Et aujourd'hui la première, c'est elle, et c'est bien. 

Alors ? Maintenant, elle a deux chouchous ?!...



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lundi 6 mai 2013

Flic-flac !

 

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Ah ! Le joli mois de mai... Flic-flac ! Il pleut, c’est la fête à la grenouille... Plaff dans les flaques suivi d’un clic-clac puis d’un glou-glou... 

 Vous avez le moral en berne ? Les baskets qui clapotent et le cerveau qui gondole d’humidité ? Pfff ! Ne vous laissez pas gagner par la morosité ambiante. On se moque des ploufs ! dans l'eau. Encore plus des plaff ! dans les flaques. 

 Retrouvez les waouh ! triomphants et les ha ! ha ! ha ! du rire ou les oh ! de la surprise. N'oubliez pas les ouf ! des grands soulagements ni les tralalalalère ! chantés à tue-tête. Et renouez avec les hummhm ! du bonheur et pourquoi pas ? les ffouffff de la volupté. 

 Flic-flac ! Il pleut, c'est la fête à la grenouille. Demain, il fera beau.

 

Illustration : Sans paroles

 

 

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vendredi 26 avril 2013

Ha, non... trop, c'est trop !... ou une petite révolte gustative

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Après le cupcake, il parait que c'est au tour du wedding cake d'arriver en France.
Alors là, moi, je dis non, non et non ! Et au risque de paraphraser une phrase célèbre, je vous dis
même : « Indignez-vous ! »

Oui, révoltez-vous devant cette opération de marketing packagé de main de maître, cette incursion frauduleuse et sournoise dans nos assiettes. Nous avons toléré patiemment les cupcakes, bons à animer les goûters d’enfants, amusants gribouillages, ersatz de pâtisserie, packagés et marketés avec brio. Ils ont envahi les livres de recettes, le net et la blogosphère. C’était drôle, coloré et cela n’avait pas trop de prétentions.
Mais maintenant c’est un super-cupcake qui menace nos pâtisseries. Car le cupcake et le wedding cake sont tous les deux faits sur le même principe : un sponge cake (une sorte de génoise) recouvert d'un épais glaçage (ultra light !) fait de beurre (margarine dans la version bon marché), sucre glace et eau, plus éventuellement un parfum. Et on veut nous faire croire que cette chose peut rivaliser avec les exquises pâtisseries françaises ?! Tss. tss... soyons sérieux ! 

 En fait l'intérêt des ces monstruosités gustatives est autre. Si vous êtes un esthète vous apprécierez les décorations  extravagantes qu'on peut faire avec le glaçage, fleurs, oiseaux, berceau, terrain de foot... tout dépend des qualités artistiques de l'auteur du décor. Ce sera alors un joli produit, original et unique, un peu kitsch, mais, non, non et mille fois non ce ne sera pas un gâteau. Cela s'en approchera autant que la bourrée auvergnate du ballet de Gisèle ou que la Lettre à Élise joué par votre neveu sur son piano-jouet d'un récital de Glen Gould. 

 Car il faut quand même garder à l'esprit que les cupcakes et les wedding cakes viennent tout droit d'outre Atlantique. Et si nos amis américains sont très compétents dans beaucoup de domaines (notamment le marketing), l'art culinaire n'est pas vraiment dans leur point fort. Oui, je vous l'accorde, lorsqu'on est chez eux, on aime le cheese cake ou les cookie au peanuts butter, cela fait partie des découvertes et des joies des voyages, mais sacrebleu, quand il s'agit de réelle pâtisserie, à chacun ses compétences ! Alors résistez aux sirènes de la mode et du marketing outrancier et allez donc voir du côté des livres de cuisine d'Anne-Sophie Pic, consultez les assiettes gourmandes de Chantal ou la cuisine de Marcotte ou lancez-vous dans le délicieux et aérien fraisier de L'atelier des Chefs. Ou alors, si n'avez pas confiance en vos talents, arrêtez-vous chez votre pâtissier local et noooon...ne lui demandez pas un cupcake, malheureux ! 

 Bon, allez, c'est tentant, alors je vous autorise à goûter une fois un wedding cake si vous en avez l'occasion... mais n'y revenez pas !



Illustration : Astérix, pas content du tout ! de Carole, le bonheur est dans l'assiette 


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