Ma chère tante,
Aujourd’hui il pleut, une petite pluie fine et continue qui va durer jusqu’au soir. Nous n’allons pas à la plage et j’ai le temps de t’écrire quelques lignes. Je me suis aperçue que je ne t’ai presque pas parlé de ma visite au musée de Boston, the Museum of Fine Arts.
Question : Edgard Degas, était-il un autre affreux célibataire endurci à l'esprit acéré mais misogyne ? Je t’explique. Au détour d’un couloir nous avons découvert la section européenne du musée où, en vrac, étaient exposés des Corots, Monnet (une meule, un ou deux nénuphars…), quelques Gauguin, Millet… et deux ou trois tableaux de Degas, dont celui ci-dessus Visite au musée. C’est drôle ce tableau, c’est l’arroseur arrosé, comme si on se regardait regarder.
Alors où est le problème ? Lis ce cadre explicatif que je t’ai photographié (oui, c’était autorisé) et tu comprendras.
Je te traduis car ton anglais est peut-être un peu rouillé. Il est écrit (traduction respectueuse du sens mais très libre) : Cette toile appartient à un ensemble de portraits dans lequel Degas peint des femmes regardant des œuvres d’art dans les musées. Se référant à une autre toile de la série, Degas fit remarquer au peintre britannique Walter Sickert, avec un esprit de contradiction pervers et moqueur, qu’il voulait « donner une idée de la réaction des femmes devant l’art : elles n’y comprenaient rien, ne ressentaient rien et s’ennuyaient ferme en les regardant tout en étant respectueusement impressionnées »
Hé bien, nous voilà rhabillées pour l’hiver ! Il faut traverser l’Atlantique pour lire cela….Pfff ! Il exagère, quand même, le cher Degas !
Bon, soyons juste, Degas est un peu acerbe mais il a quelques excuses. A l'époque de ses propos, les femmes étaient mineures à vie, passaient de l’autorité paternelle à celle maritale et, quand elles ne se mariaient pas, devenaient une non-entité sociale, un ratage et étaient soupçonnées de je-ne-sais-quel défaut inavoué. Quant à penser par elles mêmes, là franchement, cela faisait rire, rien que de l’évoquer. La science n’était même pas certaine qu’elles aient un cerveau. Il faudra attendre la première guerre mondiale pour que, tous les moustachus étant partis défendre l’honneur et la patrie, ces messieurs se rendent compte que les femmes pouvaient faire tourner le pays, les exploitations et la maison, sans eux.
Mais je m’échauffe, ma petite tante. Allez, on lui pardonne, hein ? On oublie l’homme et on garde l’artiste. On dira qu’il était prisonnier des préjugés de son temps. Tu es d’accord ?
Et puis, malgré ma mauvaise foi rampante, je me dois de te copier ce que Gabriella Assaro a écrit sur lui : Contrairement à une certaine image misogyne de Degas, son travail montre une attention dépourvue de mépris et de moralisme à l’égard à l’égard des femmes. Autrement dit, il nous prenait pour des gourdes et mais ne nous en voulait pas. Bon, allez, j'arrête. Accusé Degas, vous êtes innocent et libre !
Quelques autres petites nouvelles : nous sommes allés à la plage tous les jours car il a fait beau jusqu’à aujourd’hui. J’ai bien reçu ton colis. Merci pour les sucres d’orge pour les enfants.
Je te laisse, il me semble que contrairement à mes prévisions pessimistes, cela s’éclaircit, nous allons peut-être pouvoir sortir.
Petite tante, je t’embrasse
Ta nièce
Florence
Ps : la prochaine fois, je te parle de la petite danseuse de quatorze ans. Là, je n'ai plus le temps.
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