vendredi 12 août 2011

les chemins creux, les ronces et la mer...



ronces

Elle a décidé de recommencer à courir. Pas des entrainements de brutes, non juste des petites sorties modestes. Alors un jour, elle met sa plus jolie tenue (elle finira probablement écarlate, mais pas de raison de ressembler à un épouvantail pour autant) et elle part, pleine d’enthousiasme. C’est dur de s’y remettre mais elle est très fière d’elle. Elle court un peu, marche un peu et retrouve le rythme.

Il a beaucoup plu la veille et il y a de grosses flaques. Elle ne veut pas salir ses jolies chaussures roses et blanches. Alors elle marche sur ce qu’elle croit être le talus et pfuit ! … s’écroule dans un fossé rempli des ronces. Outch, ça fait mal ! Elle cherche à se redresser… pchiiit… clac ! Sa mâchoire heurte le fil à vaches du champ voisin. Elle est sonnée, ses jambes sont griffées, des épines se sont plantées un peu partout. Sa montre est tombée au fond du fossé. Elle la récupère. Outch, ça pique ! Des vaches blanches et noires sont vautrées dans le champ voisin. Stupides vaches, vous trouvez cela drôle ? Grrr ! Vous finirez en steak, bien fait pour vous !

Mais le ciel est toujours aussi bleu et la côte sauvage n’est pas loin. Des chemins creux l’y mènent très vite. Il fait chaud dans ces chemins. Comme un concentré de chaleur. Tout est silencieux et calme. Un parfum un peu sucré flotte dans l’air. Ce parfum indéfinissable de lande et de fleurs qui fait tout de suite penser à l’été et au bord de mer. Elle arrive à la côte et marche un peu en admirant la mer… c’est beau, elle est récompensée de ses efforts. Elle en sourit de bonheur.

Oups ! Des marcheurs pas loin. Elle repart et adopte l’allure de la sportive à l’aise dans ses baskets. Longues foulées et l’air dégagé de celle qui court trois fois par semaine ses dix kilomètres. Elle sait que son débardeur vert pâle fait ressortir son bronzage (elle l’a mis exprès). Elle les dépasse en les saluant pour montrer qu’elle a du souffle… fff… fff !  Ils sont passés et elle est cachée par un repli du terrain. Ffuitt! Elle peut s’arrêter et souffler un peu. Elle a assez couru et décide de rentrer.

Elle a des jambes de guerrières, un bleu à la mâchoire mais elle est contente… Et elle saura rester discrète sur sa sortie car Mari Chéri, toujours enthousiaste, aurait vite fait de l’inscrire dans ce que les traileurs appellent entre eux, un trail de bébés*, soit 10 km de sentiers infernaux.

Mais elle recommencera.


 


*cf billet du 9 juillet


 


 





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mardi 9 août 2011

Le départ du bateau

bite_amarrage.jpg

 Leurs amis sont venus sur l’île pour quelques jours. Ils doivent maintenant retourner « en France », comme disaient les iliens autrefois. Ils vont reprendre le bateau. Pas le ferry ou le bac, non, ici, c’est « le bateau ». Quarante cinq minutes de traversée.

 Dernier verre à une terrasse, devant le quai. Ils surveillent du coin de l’œil la progression de l’embarquement. Puis ce sont les adieux : « Merci de votre accueil », « Nous étions si contents de vous voir », « Vous n’aurez pas trop de monde sur les routes » … Toutes ces phrases habituelles que l’on dit sans y penser vraiment. Pour d’autres, au bateau, ce sont parfois des étreintes émues, des yeux qui brillent et des phrases chuchotées. Des parents qui laissent les petits en vacances chez les grands-parents ou des amoureux qui se séparent.

 Les amis embarquent. On regarde distraitement le spectacle toujours le même et toujours recommencé, du largage des amarres. On essaie de s’apercevoir une dernière fois : « Ils sont là, sur le pont du haut ! » Quelquefois, vite, on court à la jetée du phare rouge, à la sortie du port, pour un dernier geste d’adieu et les derniers baisers mimés.

 Mais inexorablement, le bateau s’éloigne. Alors, tout d’un coup, on se sent tout seul, abandonné. Le quai est vide, toute cette animation est terminée. Comme dans une gare lorsque le train est parti. Après toutes ces émotions, rires ou pleurs, on est comme dégonflé, sans énergie et sans force.

 Puis on se rappelle que ce sont eux qui ont partis et que nous, nous sommes encore en vacances… qu’il faudrait penser à acheter du pain… et si on faisait des maquereaux au barbecue ce midi ?… Tiens, le vent est tombé, on va pouvoir vite aller se baigner avant le déjeuner.

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jeudi 4 août 2011

Lettre du 4 août : Boston, museum of Fines arts.

visit degas

Ma chère tante,

 Aujourd’hui il pleut, une petite pluie fine et continue qui va durer jusqu’au soir. Nous n’allons pas à la plage et j’ai le temps de t’écrire quelques lignes. Je me suis aperçue que je ne t’ai presque pas parlé de ma visite au musée de Boston, the Museum of Fine Arts.

 Question : Edgard Degas, était-il un autre affreux célibataire endurci à l'esprit acéré mais misogyne ? Je t’explique. Au détour d’un couloir nous avons découvert la section européenne du musée où, en vrac, étaient exposés des Corots, Monnet (une meule, un ou deux nénuphars…), quelques Gauguin, Millet… et deux ou trois tableaux de Degas, dont celui ci-dessus Visite au musée. C’est drôle ce tableau, c’est l’arroseur arrosé, comme si on se regardait regarder. 

 Alors où est le problème ? Lis ce cadre explicatif que je t’ai photographié (oui, c’était autorisé) et tu comprendras.


 visit degas ter 


 Je te traduis car ton anglais est peut-être un peu rouillé. Il est écrit (traduction respectueuse du sens mais très libre) : Cette toile appartient à un ensemble de portraits dans lequel Degas peint des femmes regardant des œuvres d’art dans les musées. Se référant à une autre toile de la série, Degas fit remarquer au peintre britannique Walter Sickert, avec un esprit de contradiction pervers et moqueur, qu’il voulait « donner une idée de la réaction des femmes devant l’art : elles n’y comprenaient rien, ne ressentaient rien et s’ennuyaient ferme en les regardant tout en étant respectueusement impressionnées »

Hé bien, nous voilà rhabillées pour l’hiver ! Il faut traverser l’Atlantique pour lire cela….Pfff ! Il exagère, quand même, le cher Degas !

 Bon, soyons juste, Degas est un peu acerbe mais il a quelques excuses. A l'époque de ses propos, les femmes étaient mineures à vie, passaient de l’autorité paternelle à celle maritale et, quand elles ne se mariaient pas, devenaient une non-entité sociale, un ratage et étaient soupçonnées de je-ne-sais-quel défaut inavoué. Quant à penser par elles mêmes, là franchement, cela faisait rire, rien que de l’évoquer. La science n’était même pas certaine qu’elles aient un cerveau. Il faudra attendre la première guerre mondiale pour que, tous les moustachus étant partis défendre l’honneur et la patrie, ces messieurs se rendent compte que les femmes pouvaient faire tourner le pays, les exploitations et la maison, sans eux.

 Mais je m’échauffe, ma petite tante. Allez, on lui pardonne, hein ? On oublie l’homme et on garde l’artiste. On dira qu’il était prisonnier des préjugés de son temps. Tu es d’accord ?

 Et puis, malgré ma mauvaise foi rampante, je me dois de te copier ce que Gabriella Assaro a écrit sur lui : Contrairement à une certaine image misogyne de Degas, son travail montre une attention dépourvue de mépris et de moralisme à l’égard à l’égard des femmes. Autrement dit, il nous prenait pour des gourdes et mais ne nous en voulait pas. Bon, allez, j'arrête. Accusé Degas, vous êtes innocent et libre ! 

 Quelques autres petites nouvelles : nous sommes allés à la plage tous les jours car il a fait beau jusqu’à aujourd’hui. J’ai bien reçu ton colis. Merci pour les sucres d’orge pour les enfants. 

Je te laisse, il me semble que contrairement à mes prévisions pessimistes, cela s’éclaircit, nous allons peut-être pouvoir sortir.

Petite tante, je t’embrasse

Ta nièce

Florence

Ps : la prochaine fois, je te parle de la petite danseuse de quatorze ans. Là, je n'ai plus le temps.

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dimanche 31 juillet 2011

Lettre à ma tante du 31 juillet 2011

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Ma chère tante,

Comme promis, je t’écris pour te donner de nos nouvelles. 

 Nous sommes arrivées hier en Bretagne. 
Mari Chéri a été charmant du début du voyage jusqu’à la fin. Il a chargé la voiture avec bonne humeur et sans aucun commentaire. Pas de « il y a tout cela ! » non plus de « on a vraiment besoin de tous ces sacs ! » et pas non plus, le tant redouté « quand tu veux, chérie... » quand il est prêt, et moi, toujours pas. Non, sourire de bout en bout. Je l’en ai d’ailleurs remercié. Il a eu l’air surpris, presque vexé, même. Mais, ma petite tante, tu sais comme sont les hommes, on ne sait jamais comment ils vont réagir, on leur fait un compliment et ils en prennent ombrage.

 Albert, son BB, et Alphonse, mon petit Mac, se sont très bien comportés. Alphonse a dormi tout le voyage, et Albert a tenu compagnie à Mari Chéri comme il sait si bien le faire.

 Tu apprendras surement que nous avons ramené de notre voyage aux Amériques une petite Albertine, de son vrai nom, Ipad2. Nous préférons l’appeler Albertine, c’est plus joli. Mari Chéri n’était pas tout à fait d’accord au début pour agrandir la famille, mais, maintenant, il l’a complètement adoptée et joue souvent avec. Tu comprends, il monopolisait souvent Albert et surtout Alphonse et je me sentais parfois bien seule. Maintenant cela va un peu mieux. Tu verras, toi aussi, tu l’aimeras quand tu la verras.

 La maison que nous avons louée est parfaite. Elle s’appelle Les Flots bleus. Romantique et original, tu ne trouves pas ? Le soir de notre arrivée, nous sommes allés nous promener à la plage. Comme il faisait un peu frais, Mari Chéri a mis le joli pull marron et vert que tu lui a tricoté pour Noël. C’est une bonne idée d’avoir fait le col violet, cela égaie et cela fait jeune.

 Je suis contente qu'il prenne des vacances car les trois derniers mois ont été stressants et fatigants pour lui. Un peu de repos ne lui fera pas de mal, pauvre amour ! 

 Ma petite tante chérie, j’essaierai de t’écrire régulièrement mais la poste est loin et nous n’avons que deux bicyclettes comme moyen de locomotion. 

Je t’embrasse,

Ta nièce affectionnée

Florence


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jeudi 28 juillet 2011

Vroum, pouet, tuut... épisode suivant.

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Chers amis,

Vous avez suivi récemment le passage du permis de conduire d'un de nos blonds. Il n'en reste plus, sur nos quatre blonds et bruns, qu'un à ne pas avoir celui-ci. Il fait de la résistance et malgré 3P, un sponsor influent, il renâcle. 

Vous ne connaissez pas 3P ? Tsss... cherchez bien... allez, allez... vous y êtes ? Oui c'est cela, 3P : Payé Par Parents. Vous connaissiez déjà, n'est-ce-pas ?!

Donc, malgré un bac passé brillamment, une prépa non moins brillante et des études d'ingénieur qui lui permettront bientôt de maîtriser la mécanique des fluides et d'autres choses très compliquées, notre brun, car c'est un brun cette fois-ci, reste réfractaire au permis de conduire. Il faut toute la force de persuasion de son très puissant sponsor pour le motiver et qu'il obtienne son code enfin, au sixième essai (avec zéro faute, il est vrai). Il vous expliquera, si cela vous intéresse, et avec force arguments percutants, comment il fut totalement et absolument étranger à cette malchance qui le poursuivit.

Pour le passage de la conduite, la famille est forcément très inquiète et le sponsor commençe à donner des signes de lassitude. En outre l'enfant prodigue devrait bientôt partir au pays des kangourous et la partie n'était pas gagnée. 

Pour finir, notre brun, lassé des lazzi et des quolibets de ses frères et soeur (qui néanmoins l'aiment tendrement), se perfectionne en cachette et ne dit rien à personne quant à cet examen de conduite qui le stresse au plus haut point. Et puis un jour, bruns et blonds de la famille reçoivent un texto vengeur : sans erreur possible, c'est confirmé, il a décroché le sésamme vers les grands espaces. Le petit cachotier a passé sa conduite en douce sans le dire, afin ne pas subir la pression familiale.

C'est officiel, ils ont donc tous légalement le droit de conduire ma bombinette, ma petite décapotable, et je vais donc de ce pas en cacher vite les clés !

Chers amis, je vous souhaite de bonnes vacances, soyez prudents sur les routes et suivez mon conseil : méfiez-vous des conducteurs avec un A tout neuf à l'arrière, qu'ils soient bruns ou blonds !

A très bientôt...

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mercredi 27 juillet 2011

Son amie Marie

Marie       

 Marie rentre du travail. Elle ouvre le réfrigérateur et se demande ce qu'elle va faire pour dîner. Son réfrigérateur d'ailleurs est un mystère pour tout autre qu'elle. De multiples légumes aux couleurs et aux formes diverses s'y côtoient. Il y a aussi des boites emplies de mélanges parfumés et mystérieux. Sans savoir vraiment où elle va, Marie se lance alors dans la préparation du repas. Elle nous livrera une cuisine légère, fine et originale qui lui ressemble.

 Marie est une scientifique. Elle est allée à Berkeley University* et à Harvard**. Alors elle fait aussi la cuisine en scientifique. Elle lit Cook's illustrated, une revue où l'on fait des expériences et des recherches, comme ce qu'elle faisait il y a quelques années avec des petites drosophiles aux yeux à facettes. Dans ce magazine, on ne fait pas que vous donner des recettes, on en teste toutes les variations possibles ainsi que toutes les techniques de préparation. Vous savez tout sur le pourquoi et le comment. Et ça, cela plait bien à l'esprit analytique et scientifique de Marie.

 Marie habite avec son mari et ses deux enfants dans une impasse tranquille de Cambridge, à deux pas d'Harvard Square près de Boston. Sa maison est un mélange de kitch et d'ancien. Chez une toute autre personne, ce ne serait qu'une juxtaposition d'objets de multiples origines, un bric-à-brac sans intérêt. Mais elle a su donner à sa maison une âme et une individualité toute particulière. Et lorsqu'on arrive chez elle, on se sent bien et on n'a pas envie de repartir. 

 Marie est russe, française et américaine. Par une alchimie qui lui est propre, elle a su tirer le meilleur de ce mélange de cultures et s'en approprier leur richesse respective.

C'est son amie, c'est Marie.

 

*Californie - ** Massachusetts 

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Tout n'est pas perdu !

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Vu dans la vitrine d'un coiffeur du charmant petit port de Rockport, Massachusetts !

Pour ceux dont l'anglais est hésitant, cela veut dire : "Ici on répare les coupes maison."

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